Recherche exposants

Alain Divert

En 1970-80 : Des années symboliques !

Pour moi, beaucoup de choses se sont passées. C’était juste après 68, mais certains domaines restaient actifs ! J’étais à l’époque chez Claude Maxime, une grande dame de la coiffure. Elle m’a littéralement propulsé dans ce milieu, mais j’étais aussi à ce moment là le Secrétaire particulier de Régine, ainsi que son coiffeur personnel : deux fonctions antinomiques, mais conciliables ! Et je parcourais le monde avec elle. Il y avait une euphorie incroyable, un enthousiasme, un sens de la fête. Le SEPT, le Palace. Il se passait tant de choses. Les couches sociales étaient complètement mélangées. Incroyable.

Dans ces années-là, j’étais très ami avec Pieer Spook, et j’ai beaucoup travaillé avec les couturiers, notamment pour les défilés de Louis Féraud, et là bien sûr j’ai rencontré les grands mannequins de l’époque : Veruschuska, Twiggy, Thelma…. C’était de l’authentique « coiffure », ce qui manque actuellement.

Les coiffeurs font des coupes d’accord, mais toute une part de féminité a disparu, dans ce domaine. La vie moderne ? Peut-être, mais aussi l’apparition d’une grande démocratisation de ce métier, via les franchises. Les femmes sont moins féminines, moins glamour, effets d’époque encore une fois ? Sûrement.

Les jeunes coiffeurs veulent faire des coupes, mais par ailleurs ils ne savent pas travailler le cheveu. Il y a une autre façon de regarder les femmes, en considérant les cheveux comme une entité déclinable à l’infini, c’est un grand apprentissage, avec des techniques en profondeur. On faisait des « sculptures », on pensait « coiffure ». Maintenant la coupe  remplace souvent des recherches plus élaborées pour rendre la coiffure « quotidienne » -   Le métier a changé. Il y a le facteur « money, money, money », important certes, mais qui ne devrait pas être primordial dans un métier dit « artistique ». Le grand profit a aussi englouti la coiffure.

Les stages, rémunérés par l’Etat c’est bien, mais il ne faut pas oublier encore une fois l’apprentissage d’un vrai métier « artistique ». INTERCOIFFURE est un groupement professionnel qui aspire à réinstaurer les bases, la coloration par exemple c’est très important. La touche d’essai imposée en coloration, c’est très bien, cela définit les meilleurs des moins bons.

Maintenant ? Il n’ y a pas une grande solidarité entre les coiffeurs. Une rivalité, qui a sans doute toujours existé, mais elle est maintenant plus évidente avec cette notion de profit absolu. Bon, les moyens actuels ne sont pas les mêmes, la conjoncture est plus mauvaise, et c’est mondial. En revanche, il y a des pays où les métiers de la beauté sont en plein essor…

Les jeunes maintenant ont moins d’idées, ils ne sont pas portés par un courant de fond comme en 70. Ils sont aussi dans l’inquiétude de l’avenir, et dans des schémas plus convenus qu’à l’époque.

Ce sont des entrepreneurs, et la recherche du maximum de profit peut - et d’ailleurs c’est le cas - anéantir une forme de créativité, la principale, celle qui est libre de toute attache financière. Il y a une perdition du savoir au profit de la vitesse. C’est dommage. En 80, il y avait des budgets. Maintenant on essaie de ne pas les payer. Il faut faire carrière avec la niac !!! Il faut vouloir briller, être extravagant, exister.

 
Propos recueillis par Laure Lagrange.