Jean-Luc Minetti (Alexandre) |
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Référence du luxe, Alexandre de Paris coiffe depuis 50 ans les personnalités les plus en vue. ces fameux chignons reconnaissables entre tous demeurent sa marque de fabrique. Depuis 1990, Jean-Luc Minetti donne à la grande maison une nouvelle impulsion artistique, tout en pérénnisant la "patte Alexandre", une référence de luxe de la coiffure. Interview.Les années 70, 80J’étais depuis sept à huit ans à Paris et je travaillais à l’époque avec Ivan Beauchemin, c’était une époque de grande mutation pour les femmes, le début du brushing, des coiffures plus libres, des coiffeurs vedettes – Un immense « coup de jeune » dans l’univers du cheveu. Les femmes ont commencé à se coiffer énormément, avec un choix de coiffeurs révolutionnaires à leur service ! Ces coiffures ultra-modernes et libres ont fait du tort d’ailleurs à Alexandre. « On décoiffait » plutôt. Une époque très naturelle, très colorée, des cheveux longs à profusion, des bonnets, des chapeaux…Des cheveux frisés. Un grand vent de liberté, de nouveauté. C’est une époque aussi où on mélangeait les genres, l’art, la peinture, la mode, la coiffure…Un genre alimentait la création dans un autre genre et ainsi de suit. Il y avait une harmonie, tout relevait de l’art ! Une époque de créativité absolue. Les créateurs faisaient des hommages, comme Yves Saint Laurent, des clins d’œil à Magritte, à Mondrian , ou bien Karl Lagerfeld. Comme pour toutes les époques « de génie » on à tendance après à vouloir oublier… Les coiffeurs étaient des stars, Daniel Harlow, Alexandre Zouari…Tout le monde passait chez Alexandre – Ils se sont d’ailleurs aussi rendus compte du service qu’Alexandre leur a rendu dans le sens où ils ont acquis une technique imparable, et sans la technique… C’est comme la peinture sans le dessin, il n’y a pas de liberté de création. Alexandre avait une technique vraiment pointue. On pouvait tout faire, et ce n’était jamais désuet ou bien démodé, la créativité arrive après. Souvent on pense qu’Alexandre était très classique. Eh bien en fait, il était d’une extrême modernité, les queues de cheval, l’accumulation des barrettes, les cheveux courts, des coiffures en…métal. Des perruques aussi. Il a beaucoup apporter à la mode. On a tendance encore une fois à oublier. Ce que je ne comprends pas justement à propos d’oubli, c’est que dans les écoles de coiffure, il n’y ait pas d’histoire de la coiffure. C’est un métier où l’on oublie ses maîtres, et ou l’on enseigne certes des méthodes. Mais si les méthodes, les styles, les mouvements faisaient référence à des personnes qui ont marqué leur temps, ce serait d’autant plus vivant et constituerait une culture dont souvent les jeunes ne disposent pas. C’est un peu le problème des nouvelles générations dans tous les corps de métiers, ils n’ont pas de références, pas de savoir sur le passé de leur métier… C’est grave, cela vide de l’interieur l’idée que l’on se fait d’un métier, cela escamote sa richesse. Alexandre, Karl Lagerfield, Lacroix, Saint Laurent avaient une telle culture ! 70-80 c’était aussi un amalgame de références culturelles ! Je me souviens du journal "JOURS de FRANCE", qui publiait toutes les collections de Haute Couture, et la légende des photos indiquaient toujours : "Coiffures : Alexandre de Paris". Il faisait un travail fou. Bruno Weppe, grand faiseur d’images a appris sa technique de coiffure chez Alexandre. Il vous dira l’importance de la technique et à quel point cela facilite toutes les pratiques du métier. Tout le monde (d’Espagne, Italie, bref de beaucoup de pays) venait apprendre chez Alexandre. Quand je repense à ces moments là, c’est inouï ce qu’il a pu faire, la quantité de travail effectué. Il y avait une émulsion créative autour de lui vraiment unique. Maintenant nous sommes dans l’ère de l’individualisme, et du marketing forcené. Chacun est un peu isolé. La franchise ? Il y a aussi là des bons coiffeurs. Un pluralisme des genres. Chacun a SON IMAGE. Il n’y a plus de grand courant, image unique. Les visuels ? Ils sont pluriels aussi, tous les genres. Pas de style typiquement 2000, 2005, non : plusieurs possibilités. De tout ! On ne pourra pas distinguer l’époque dans quelques années. Le vintage est un peu à cette image. C’est un manque d’imagination. Un retour. Alexander Mac Queen pour moi fait avancer la mode. J’adore sa conception de l’esthétique. Galiano aussi, mais c’est difficilement portable… Saint-Laurent, Givenchy, c’était toujours portable. Pour finir, je vous dirais que cette époque était une période dorée dans tous les domaines et tous les domaines communiquaient entre eux, avec panache. Ce qui n’est plus toujours le cas. Propos recueillis par Laure Lagrange. |
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