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Any D'Avray

Any D'AvrayFaire des perruques est un métier particulier.

Très particulier. Car, ici, la chevelure devient un objet à part entière. Il aura la liberté d’être beau, léger, ajustable, infiniment utile et infiniment interchangeable - Cet objet sera votre accessoire de beauté, que ce soit pour pallier à un manque, partiel ou total de cheveux (l’aspect médical du métier),  ou pour réjouir votre sens du beau –  et découvrir des facettes à votre personnalité, inconnues jusqu’alors. 

En effet créateur (trice) de chevelure est une profession qui a trait à l’imagination. L’imagination de l’infini des possibilités qui s’offrent à la beauté, à l’élégance, au style, à la mode et à ses performances : et quoi de plus somptueux qu’une belle chevelure, mettant en valeur, visage, silhouette, vêtements, allure. 

Any d’Avray a un parcours incroyable.

Née d’un milieu très modeste, elle a douze frères et sœurs. Elle était la seconde à venir au monde, et à 14 ans, elle commença à travailler, en usine, comme soudeuse à l’arc. Elle s’imposa dans ce milieu masculin, sans oublier que l’apparence facilite beaucoup la communication -  très soucieuse de son image, c’est avec l’arme d’une féminité affichée qu’elle acquit une place à part entière dans cet univers.

Plus tard, ce souci permanent d’être belle et à la mode, continua de lui ouvrir aussi les portes. C’est dans l’immobilier qu’Any fit ses preuves quelques années après. Séduction donc mais aussi esprit de sérieux : Any est quelqu’un sur qui on peut absolument compter. Elle va jusqu’au bout de ses projets.

Son sens de l’élégance s’est toujours accompagné de fantaisie. Sans fantaisie, sans imagination point de dépassement, et la mode est un domaine qui permet et suscite les dépassements : Any, non seulement change de vêtement, mais aussi de chevelure, elle n’est ainsi jamais tout à fait la même, et pourtant, ni tout à fait différente…C’est d’abord sur elle qu’elle pratiqua ses expériences de chevelures diverses.

En 1971, elle rencontre un fabricant de perruques, curieux de son avis sur sa marchandise,  elle lui donne son appréciation, à un détail près, et petit à petit devient une véritable spécialiste de la perruque : problème majeur : améliorer la technicité de la fabrication, se préoccupant particulièrement du confort, de l’aération et de la légèreté – Une perruque trop lourde, et vous enserrant le crâne, c’est insupportable.

Puis elle rencontra un importateur de perruques de Hong Kong. Son affaire stagnait, et Any, ayant une culture éprouvée de l’entreprise, lui proposa une stratégie de vente nouvelle : envoyer des représentantes dans les comités d’entreprise.  Une seule séance confirma sa bonne idée : tout fut vendu. Puis, visite au comité d’entreprise de Christian Dior.  Nouveau plein succès.

L’entrepreneur de Hong Kong voulant changer d’orientation, Any y voit l’opportunité d’un avenir dans un domaine qu’elle affectionne. Pourquoi pas reprendre cette entreprise ? Ce qu’elle fit. Visite à Hong Kong, tests divers, étude approfondie du potentiel des produits. Elle évalue toutes les techniques pour trouver enfin une solution à l’aération et au poids : ainsi la perruque devient un objet ultra léger, et portable au-delà de toute forme d’allergie……

De retour d’Asie, elle vend ses premières perruques dans les grandes surfaces, puis enfin elle ouvre son propre magasin.

La vente de perruques a un public universel.

De l’adolescente en mal de personnalité, à la femme cherchant l’originalité dans les soirées - du monsieur cherchant à camoufler les atteintes de l’âge au jeune homme en mal de spectacle et reconnaissance esthétique - qui  - un soir, n’a pas envie d’attirer sur soi  par ce subterfuge ludique et valorisant, les regards admiratifs de quelques convives en mal d’inspiration festive ? Le médical occupera également toute son attention. 

Du médical, (dès 1990 Any en connaît tous les méandres) jusqu’ au purement esthétique – la qualité exceptionnelle de ses perruques convaincra tous les adeptes. C’est à Cannes en 1980, au festival de la coiffure, que se décide sa carrière. Any  y rencontre Monsieur Alexandre. Elle crée pour lui une ligne de perruques, particulièrement  performante : nager ou  se doucher, ce n’est plus un problème. 

C’est en artiste véritable qu’Any parle de ses perruques. Elle travaille quatorze heurs par jour si il le faut. De nouveau très impliquée dans la mode, ce sont les matières, les couleurs, l’infinie diversité des longueurs, des épaisseurs, des coupes diverses qui solliciteront sa créativité. Les spectacles où elle décide des "chevelures" se multiplient,  du Roi Soleil (deux cent perruques à fournir en trois mois) à Cabaret, Any, après quinze ans de médical, voit s’ouvrir à nouveau l’amusement d’un travail d’équipe (aussi, l’aspect "coiffure" des perruques avec  Bruno Weppe, coiffeur studio) et  un processus  libre vers l’imagination. Le cinéma lui ouvre ses portes. Son excentricité, maintenant que la perfection des cheveux fournis est celle d’une haute technicité,  peut enfin prendre son essor. Any d’Avray n’a plus rien à prouver. 

 

Un mot pour finir ?

 Any d’Avray pourrait dire que dans son domaine :

 "Le sentiment de l’utile doit faire appel au sentiment du beau"

Et ce principe a aidé toute sa clientèle, principalement celle devant faire face aux atteintes inattendues du destin.

 

Propos recueillis par Laure Lagrange.


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Bruno Weppe, coiffeur studio