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B. Weppe, coiffeur studio

Tout métier a son dédale initiatique plus ou moins difficile. Dans la coiffure, souvent, le parcours est ardu :

Apprentissage, où chacun sait qu’au début c’est impossible de toucher un cheveu… Quand on est passionné par le devenir artistique de ce métier, c’est un vrai travail de patience. L’apprenti regarde, enregistre, mais n’intervient pas…

Ainsi, Bruno, rentré dans ce circuit avec l’appui d’un ami, s’est entendu dire très vite : "Vous ne serez jamais coiffeur" - Il est vrai que, pédagogiquement, cela peut être une ruse pour les rebelles, ainsi s’acharnent ils immédiatement, aussi pour Bruno dans l’école de coiffure de Lille et par la suite, dans les salons, petits ou grands où il s’évertua à persévérer malgré une certaine déception.

Mais l’avenir réserve toujours des surprises ! Bruno, grâce à une rencontre amicale se retrouva aux Arcs, station de ski à la mode. Et c’est vraiment à ce moment là que tout s’est joué.

Bruno Weppe, coiffeur studio

C’était en 1979.

Année où des artistes comme Harlow ou Rocky, faisaient la pluie et le beau temps dans les Halles et à Saint-Germain-des-Prés. Bruno emprunta à ces précurseurs lumineux, la coupe à la tondeuse qui fit la joie des sportifs des Arcs, néanmoins parisiens aux heures creuses, et ce petit milieu branché, jet-set, qui se retrouve toujours aux points cruciaux où se "joue" la mode, fut un véritable "déclencheur" pour la carrière de Bruno. Sans oublier son talent bien sûr, et sa facilité à communiquer. A partir de ce moment là, après deux ans  de neige "mondaine", Bruno partit pour Lille à nouveau retrouver un coiffeur franchisé Jean Louis David.

Enfin il pourra maîtriser toutes les techniques.  

De la coiffure à l’élaboration entière des "images" de la coiffure. C’est à ce moment là, se rendant compte de l’ampleur créatrice et des ouvertures de ce métier qu’il décida de devenir coiffeur studio. Mais avant cela, chez Jean Louis David, tous ses moments perdus étaient consacrés à la lecture des magazines (gros budget pour petit crédit personnel à l’époque!), et c’est sans doute cet amalgame "culturel", cette curiosité des concepts de mode et cette infinité des perspectives esthétiques (design, architectures, peintures) qui s’ouvraient à lui, qui le décidèrent  à vouloir choisir une des  branches artistique, la plus "mouvante", dans le bon sens du terme.

Ce qui bouge, évolue ! Bruno a trouvé sa voie, vite et bien.

C’est un convaincu. Sa rencontre avec Jean- Louis David lui ouvrira d’autres horizons :  en effet c’est en sa compagnie qu’il fera la connaissance de Jean-Paul Gaultier. Bruno a 19 ans, et soudain la porte étroite du monde de la mode s’ouvre pour lui. Jean Louis David avait compris que les aspirations du jeune coiffeur s’étendaient à d’autres domaines que celui de la coiffure de salon, plus classique, et que sa soif d’images ne serait pas assouvie dans une pratique aussi intimiste.

Les rencontres sont primordiales dans ce métier, comme dans tous domaines, mais spécialement dans la mode et ses dérivés.

Laure Lagrange (L.G.) : A 19 ans, vous vous retrouvez chef de cabine ?

Oui, c’était incroyable pour moi, j’avais tellement intériorisé toutes ces images, dans tous ces magazines littéralement appris par cœur, tous les domaines confondus d’ailleurs, que tout à coup voir se réaliser si vite la possibilité d’exprimer sa passion, fut magique. Et ce mot galvaudé a prit sa réelle ampleur.

Donc chef de cabine. Concepteur d’images. Inventeur de looks !!!

Très vite le VOGUE américain m’a contacté. Ni books, ni passé. Je naissais du néant ! (Ils m’ont confié deux numéros coup sur coup). A l’américaine. Tu veux ?? Tu peux !! Et très vite bien sûr les autres journaux ont suivi. J’aimais ce style des coiffures gélifiées, coiffures à crans, petites têtes bien rondes, têtes nouvelles, urbaines.

J’avais une grande sécurité, c’était celle de la technique. Vous savez si vous maîtrisez toute la technique, vous maîtrisez le style ! Les bases sont indispensables pour toute création artistique, comme en dessin.

Puis j’ai côtoyé les grands photographes de l’époque. Bourdin, Bensimon, Newton (qui aimait tellement les femmes fatales)…Pour ne citer que ceux là. Je suis resté aussi libre d’attaches. Je pouvais changer d’équipe tous les jours.

En 1985, je suis parti avec Gilles Bensimon à New York pour lancer le ELLE américain.

Nouvel aspect du métier : « Comment fabriquer un top model » 

Avec Gilles sur la plage aux Bahamas, J’ai appris  à créer de toute pièce une image, et une "tête" qui fera la couverture de VOGUE et ELLE. Vous choisissez une jeune modèle.  Vous l’habillez, vous la coiffez, vous décidez de son look, et vous la photographiez  et la  jeune mannequin devient un top lorsque  la photo fait la couverture des magazines les plus en vue.  

Aux Etats-Unis, la couverture de "Sport Illustrated" provoque aussi une célébrité immédiate. J’ai suivi ces top models au bout du monde. Souvent, lever à quatre heures du matin pour l’apparition du soleil, et ainsi saisir cette lumière particulière, unique.  Une cadence d’enfer, et je ne pensais qu’à mon métier.

Un matériel dingue, (30 à 40 kg) un soutien technique indispensable, fers à friser, lisseurs, brosses, séchoirs, un attirail avec lequel nous transformions  toute réalité, dans ce monde amoureux des artifices !

Après, j’ai eu l’envie de revenir un peu à un monde plus calme : celui du salon, le monde de la beauté quotidienne, car, dans ces salons pendant quelques années la notion d’avant-garde s’était évanouie, et les tendances de la mode s’étaient passablement assagies. C’est Toni and Guy qui a relancé, en France aussi, la notion de style. Leurs coiffures, pas toujours « portables » ont déstructuré le classicisme ambiant.

A ce moment là j’ai pris «"une cabine" (louer un espace) chez Monsieur Alexandre et deux à trois mois après on m’a proposé la direction artistique de Derwin et Shampoo. Culture franchise donc, travail de coupe très intéressant. J’ai retrouvé mes bases de l’époque JL David  (pendant quatre ans), tout en continuant le studio. Campagne L’Oréal, tecni Art, Ahead, coloration Majirel, Studio line…Tous les visuels L’Oréal. J’étais consultant chez Dessange aussi (pour l’Image).

Je fais actuellement aussi du « consulting » (quelle tribu ?  Quel gel ?).

Sur les produits donc, au travers de la mode, de la rue, et des perceptions que nous en avons, par les campagnes de pub, ce travail d’observation définira les tendances de demain. L’avenir en ce domaine et un assemblage fin des habitudes de rues et des créations de mode  mêlées, ce qui fera le look émerge soudain, impromptu, et sera petit à petit défini par la rue, et ses préférences. Pour les looks, faire feu de tous bois ! Echanges, anecdotes, caprices de star, capter les tendances, mais il faut déjà avoir un peu de culture images, être à l’écoute, sensible à l’air du temps, sortir….

Entre une photo et sa parution, quelques fois trois mois passent… Maintenir le cap donc, car la tendance peut être emportée par le vent du renouveau sorti d’on ne sait où ! Plus vous connaissez les méandres du goût, plus vous serez au fait. Plus vous serez au fait, plus vous serez apte à interpréter, et non subir….En général c’est un savant mélange d’avant-garde sur un classicisme plus ou moins affirmé … (revoir nos bases, design, architecture, graphisme, mode). Cliente ou mannequin, mon but et de faire avancer la mode. Et avancer avec elle, imposer son identité, sa touche personnelle. Il faut être un mauvais copieur ! Le geste juste, avec lui nous ne sommes jamais démodé.

Maintenant je travaille tous les samedis, et un jour de la semaine, chez Rodolphe. Je suis aux premières loges pour observer la une de la rue. Coupes d’après croquis : en effet je dessine pour la cliente mon sentiment sur sa future coupe, elle approuve, c’est très important et je peux commencer. Le lendemain la structure de la coupe permet un réveil impeccable. Le style est là.

Dernièrement j’ai travaillé sur des perruques et des postiches. Pour Any D’Avray, créatrice de perruques d’une qualité et d’une légèreté incroyables. Ces perruques recréent la forme du crâne, ce sont des produits hyper sophistiqués. Un nouvel aspect du métier, car je travaille la coiffure de la perruque à même la cliente, une fois la perruque ajustée. .

L.G. : Le mot de la fin ?

La passion du métier. Avancer, bouger, tout acquis demande d’autres acquis. Ne jamais s’arrêter.

 

Propos recueillis par Laure Lagrange.



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Rodolphe, coloriste