Quand Rodolphe était tout petit, chez sa grand-mère, il aimait par-dessus tout jouer avec les couleurs, dessiner et reproduire sa propre vision du monde, comme tout artiste. Il ne savait pas que plus tard, il éprouverait son talent sur des modèles "vivants".
En effet selon les effets de toute sagesse populaire, il est difficile de faire admettre à ses parents : je serais un artiste, un peintre. Cela ne semblait pas réaliste de choisir les fluctuations de l’inspiration pour gagner sa vie. Donc Rodolphe apprit la coiffure (à L’Ecole de Strasbourg) et parcourut le chemin nécessaire pour devenir à part entière un coloriste passionné, un artiste, mais ayant ainsi une certaine sécurité, un métier technique qui peut s’exercer en toutes circonstances.
Son chemin ? Royal !
Rodolphe fit ses premières armes chez Jacques Dessange, puis, selon son rêve le plus profond, Rodolphe devint coloriste chez Monsieur Alexandre. Il y resta quinze ans. Quinze ans à proximité d’un Maître, aux premières loges de la vie parisienne. Cette période fut non seulement bénéfique au niveau du métier pur, mais l’approche de toute société (Chez Monsieur Alexandre, c’était un "concentré") est un enseignement indispensable à l’exercice d’une profession basée sur l’esthétique, l’apparence, et leur représentation multiple.
Quand Rodolphe parle de son métier, il affirme : je suis un marginal, cette "branche" technique de la coiffure basée sur une approche vraiment intime des client (tes), disons psychologique aussi bien que purement visuelle, demande du temps, du recul, et un regard aigu, expérimenté.
Toute erreur en effet peut impliquer le désespoir que toute cliente éprouve en se voyant soudain dans un miroir pour constater les effets pervers d’un engouement pour une couleur qui changera radicalement sa personnalité, sans la mettre en valeur, au contraire.
Au départ les couleurs étaient faites pour cacher les cheveux blancs.
C’était donc un moment désagréable à passer dans le sens où d’abord ce constat n’était pas un constat vous portant vers un avenir radieux, le temps qui passe est un mauvais souvenir, et que cet acte restait "utilitaire".
Maintenant la couleur est devenue l’apanage de la beauté actuelle. Elle se change comme on se change pour une soirée. Vous pouvez ainsi, en toute modestie, au vu d’une chevelure sublime entraperçue sur vos idoles, celles qui vous semblent appartenir à un monde inaccessible, demander le recours de votre coloriste préféré ! Vous serez la créature aux cheveux de star, inaccessible et divine, suivant ses conseils judicieux, qui pourraient aller aussi à l’encontre de vos rêves : Tout traitement de couleur demande la parfaite santé du cheveu, de ce détail dépend la brillance et la flexibilité du cheveu. Beauté demande santé, avant toute autre considération.
Laure Lagrange (L.G.) : Vous semblez tellement aimer parler de votre métier, c’est rassurant !
Oui, et souvent je pense que cette démocratisation de la couleur est fantastique, car nous avons affaire ainsi à l’infini des apparences. C’est une sorte d’histoire moderne, nouvelle, mais attention, modeste, où les femmes pourraient enfin accéder à leur propre "mythe ", amplifié par l’usage d’une technologie de pointe dans le domaine de la beauté.
Je travaille sur cette notion impalpable de la beauté par et avec les couleurs, ces couleurs qui ne sont jamais ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait différentes, selon la lumière des jours, qui eux ne sont jamais ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait différents.
Si je vous parlais du jargon des coloristes, beaucoup moins poétique ?
"Passe-moi le J 3 - commandes s’il te plaît le F34 - Il n’y plus de K78 ?" Un composite d’alchimiste, savant, toute erreur.
Si une femme me demande la couleur qu’elle avait là, à quinze ans, sur cette photo, sur la plage, avec son premier amour. Eh ! bien c’est une gageure, un défi romantique et joyeux, c’est passionnant. Et la communication doit s’établir, coûte que coûte, c’est très important. Je suis responsable ! De son image, de sa perception d’elle-même, de l’avenir de son image. Toujours dans le parfait respect du cheveu, de sa qualité – santé, de son potentiel. Produits naturels, pigments, éviter tout traitement violent.
Monsieur Alexandre n’employait jamais un langage de coiffeur. Toute réalité technique se perdait dans l’horizon multidimensionnel de cet amoureux de la Beauté dans tous ses états, et l’état du langage n’était pas le moindre. Il ne réduisait jamais la réalité à un constat neutre, il l’emmenait du côté des songes infinis, si bien que chaque femme voyait le monde à ses pieds… Et sa propre apparence se transformer, par les gestes de Monsieur Alexandre, mais aussi par son discours si généreusement inspiré.

L.G. : Le mot de la fin, Rodolphe ?
Aussi excellent que soit un coloriste, il ne pourra que vous montrer un aspect de vous-même. L’idée juste que vous avez de votre image est un premier accord avec vous même à définir avant de vouloir changer du tout au tout. A ce moment là, il peut intervenir, avec une compréhension réciproque, et son sens artistique particulier.
On deviendra des artistes quand on se comportera comme tels !
http://www.coloreparrodolphe.com
Propos recueillis par Laure Lagrange.